Installation : fils conducteurs



  Quelque soit l'outil palliatif de communication, certaines règles de mise en place sont indispensables.

POUR UN PATIENT APHASIQUE ?

Faisabilité :

Il est indispensable de vérifier la capacité d'accès visuel au sens de l'objet qui permet l'identification sémantique de l'objet photographié.
Batterie de Décision Visuelle d'Objets, Protocole d'Evaluation des Gnosies Visuelles (appariements fonctionnels et catégoriels). Tests publiés à l'OrthoEdition.
Un refus actif de communication conduira vers une étape préalable d'accompagnement vers le rétablissement indispensable du désir d'un partage et d'échanges.

Evaluation de la nature des ajustements :

Afin de rester au plus près des capacités résiduelles du patient aphasique et de s'y adapter : il s'agit de vérifier l'orientation du regard sur la cible pointée, et la stratégie d'exploration visuelle d'une planche, qui fournissent des indications précieuses sur l'intensité du soutien apporté par l'interlocuteur dans l'utilisation du classeur.
Afin d'anticiper sur son autonomie prévisible dans l'utilisation autonome du classeur : il convient d'évaluer les capacités de pointage intentionnel, les aptitudes à catégoriser (quelles seront ses capacités à rechercher la photo-cible de son message ?).


AU SEIN D'UNE CMPRF ?

Au sein de la structure d'accueil, deux formes peuvent être créées à partir du classeur de base.

La forme adaptée à l'établissement : à proposer d'emblée, sans attendre :
- Ni l'échec des méthodes traditionnelles de rééducation du langage,
- Ni la récupération d'un apraxie, d'une héminégligence,
- Ni le deuil du langage oral,
- Ni que s'installe l'échec à communiquer.

Un exemple : Au sein de la CMPRF Les Grands Chênes à Bordeaux, dès l'arrivée du patient nous lui proposons d'accéder à une représentation de son emploi du temps hebdomadaire (planche adaptée sur laquelle le texte écrit est remplacé par des illustrations : photos des rééducateurs, horloges et aiguilles indiquant les horaires). Une horloge en carton avec aiguilles mobiles peut être placée dans sa chambre. Certaines planches du classeur adapté à la structure sont mises à sa disposition selon ses besoins et ceux des partenaires institutionnels (et notamment planches de traitements : médicaments, soignants, rééducateurs, lieux de traitements, réglette visuelle analogique d'évaluation de la douleur C.COM adaptée aux patients aphasiques, objets de la toilette). En attendant la création de ces planches adaptées, le classeur spécifique du poste de soins est installé dans la chambre du patient par un membre de l'équipe soignante : il permet d'emblée la circulation d'informations qui le concernent et en lien avec sa vie dans l'établissement.
Pour avoir plus d'informations sur notre expérience au sein de la CMPRF, cliquez ici.

La forme personnalisée au patient : à proposer lorsque la rupture de communication est sévère et durable, un classeur personnalisé doit être construit avec le patient et son entourage familial. Ce classeur le suivra lors de sa sortie de la structure.

La mise en place d'un outil palliatif de communication est une urgence !

AUPRÈS DU OU DES PARTENAIRES FAMILIAUX ?

Un outil de communication doit tenir compte du désir de maintien des échanges de la part du partenaire de la personne aphasique. Un outil palliatif ne rétablira pas ce qui n'était pas là avant l'AVC, il ne pourra refaire du lien qu'à partir d'un lien pré-existant.
Il est proposé à un moment délicat de l'histoire des partenaires : l'irruption de l'AVC, le handicap bouleversent l'équilibre relationnel qui se trouve malmené. Avec l'aphasie les codes ont changé, un univers chaotique s'est imposé : plus rien n'est comme avant, avec un épuisement des ressources psychologiques de l'aidant. La demande de réparation est insistante, axée sur les équilibres du passé : « Je veux que tout redevienne comme avant » ou «J'attends de pouvoir l'accueillir comme il était avant ». Et dans les aphasies sévères, le deuil du langage ne se fait pas non plus. Pourtant le rôle du soignant, du rééducateur, est de « les aider à devenir comme après » (Guy Ausloos), de les accompagner.
Le classeur de communication est l'outil de « maintenant ». Il repose sur la conscience et l'acceptation du handicap. Il est l'outil du patient et de son partenaire.
Il demande un travail de construction et de personnalisation ensemble : définir les thèmes d'échanges, adapter l'outil c'est-à-dire apporter les modifications nécessaires sur les planches de la forme de base ou construire les planches spécifiques : famille, amis, environnement, modifier la forme générale (séparer le classeur en petits classeurs par thèmes : Familles / amis à côté du téléphone, Alimentation dans la cuisine ') ou toute autre adaptation.
Il est à noter que des stratégies spontanées se construisent, et même si les blocages, douloureux, s'imposent dans le cas des aphasies sévères, un équilibre qui soulage se dessine. Au bout de plusieurs mois voire un an ou deux après l'AVC, proposer un autre système de communication peut-être vécu comme un retour en case départ, ou qui réclame une énergie au dessus de forces déjà bien malmenées ...


AUPRÈS D'UNE AUTRE INSTITUTION (maison de retraite) ?

Le travail de sensibilisation et d'information des partenaires institutionnels et les adaptations spécifiques de l'outil sont ici encore indispensables pour une utilisation réussie et une circulation efficace d'informations malgré les troubles aphasiques.