Le classeur de communication |
CE CLASSEUR, D'OÙ VIENT-IL ? Entre les années 1975 -1980 est arrivé un constat : les limites des prises en charge du patient aphasique uniquement centrées sur le trouble linguistique. Se sont développées alors les approches cognitives, puis fonctionnelles et psychosociales. Elles abordaient la réadaptation en intégrant les capacités préservées mobilisables et en analysant la situation de handicap pour aborder la dimension palliative. L'efficacité des performances linguistiques a été replacée dans leur contexte communicationnel, en dehors de la situation (décalée du réel) d'une séance de rééducation : la porte du bureau de l'orthophoniste s'est ouverte, pour aller accompagner le patient dans ses pas quotidiens, aller au contact de son environnement, pour laisser entrer son entourage relationnel familial ... En lien étroit avec les autres partenaires institutionnels. Il s'est opéré alors un re-centrage sur le patient, ses capacités, ses attentes, ses besoins, sa qualité de vie. Un nouvel éclairage s'est orienté sur la communication : les interlocuteurs et les interactions entre intentions et interprétations, les canaux utilisables, la nature des transactions et leur circulation dont dépend l'efficacité des échanges. Il s'est ouvert sur l'aidant, sur l'adaptation de l'environnement et la création d'outils spécifiques dans la prise en charge des patients aphasiques, mais également dans la réadaptation des troubles cognitifs et notamment de l'amnésie. Cette démarche nouvelle autour de la communication réunissait nos préoccupations professionnelles : médecin, orthophoniste, psychomotricienne, kinésithérapeute, ergothérapeute, autour d'un projet de réadaptation fonctionnelle. Il s'agissait de créer un outil adapté aux troubles aphasiques, visant l'efficacité pragmatique de la communication en situation concrète : Pour pallier la déficience consécutive aux troubles sévères de la communication que rencontrent les patients aphasiques, et ses préjudices dans la vie quotidienne. Pour aider à lever les impasses de communication. Pour rendre possibles des échanges fonctionnels spontanés, pour comprendre et participer aux choix qui le concernent, pour obtenir le consentement éclairé du patient face à son projet thérapeutique. Pour soutenir l'envie de communiquer. Pour travailler à une meilleure qualité de vie : maintenir absolument le lien avec l'environnement, restaurer l'image de soi et redonner au patient un statut personnel, familial et social au sein du monde des communicants. Avec le projet d'y travailler avec l'entourage institutionnel et familial. QUELS OBJECTIFS ? Pallier les déficiences de l'expression et de la réception des messages rencontrés par la personne aphasique et son entourage (6). Il s'agit alors de passer par une représentation directe de l'idée-cible pour conduire par pointages à l'identification du sens du message à transmettre ou entendu. La connaissance des perturbations spécifiques, liées à cette pathologie si surprenante, est indispensable pour conceptualiser un support palliatif adapté. Un système de représentation permettant une lecture directe : la photographie. Les photographies permettent d'associer plusieurs avantages. Elles permettent au patient aphasique et à son interlocuteur un accès immédiat, intuitif, à la cible représentée. Pour le patient, elles assurent une transparence de lecture de l'item, en évitant le recours à l'analyse déductive ou la combinaison d'indices sémantiques ou conventionnels : pas de code de manière à rester au plus près des capacités résiduelles du patient aphasique. (1) Pallier des déficiences, ici liées à l'aphasie, en outillant les protagonistes signifient adapter l'outil au patient et non pas demander au patient de s'adapter à la solution proposée ! (7) Pour l'interlocuteur pas de lexique à apprendre, l'accès est direct de manière à viser une grande facilité et simplicité d'utilisation. Les photographies devaient pouvoir être rassemblées au sein d'une banque ouverte d'items accessibles à l'infini pour permettre des créations multiples en visant notamment d'autres pathologies (amnésies, démences par exemple). Elles devaient permettre la création d'un imagier facilement accessible par l'utilisateur. La forme du support : Faciliter la manipulation : rester en dessous de 15 items par planche et sélectionner l'ordre des catégories affichées dans la forme de base. Travailler le degré de représentativité des items choisis et photographiés à travers une image prototypique sans ambiguïté pour une population adulte. Le lien culturel apparaît ici avec évidence. Découper les photographies, afin qu'elles se détachent sur un fond uniforme : la feuille blanche, sans autre élément distracteur ou perturbateur ni arrière plan ni fond coloré, pour un accès direct au sens de l'item. Ne mêler aucun texte aux planches photos : l'attrait du texte écrit, lié à une atteinte du déchiffrement littéral et sémantique, perturbe immanquablement l'analyse du sens de la photographie par un patient aphasique. Optimiser l'attention aux items et l'exploration des planches par les patients présentant des difficultés d'exploration visuelle dans l'hémichamp droit. POUR QUELS RÉSULTATS ? Pour un aperçu général du C.COM cliquer ici. Le C.COM se présente sous la forme d'un classeur papier imprimé. Ce classeur utilise la photographie numérique traitée par ordinateur. La souplesse de l'outil informatique permet facilement de réutiliser une forme de référence stockée, en lui apportant les modifications visant des adaptations multiples et indispensables à l'évocation des thèmes spécifiques des échanges pour construire un classeur personnalisé. Les planches sont regroupées selon des catégories sémantiques (6) L'organisation spatiale des photos cible un objet central et les autres en satellites dès que la planche s'y prête. Les textes sont regroupés sur une page séparée. Les planches photos sont placées à gauche et les planches texte correspondantes à droite. Les 4 premières rubriques sont disposées selon l'ordre chronologique des activités de la journée. La rubrique TEMPS, très utilisée, est placée à la fin du classeur : elle est ainsi également facile d'accès. Et pour aller au delà : 1. BRUN V, TETU F., KUNNERT JE, D'ANGELI M, PELISSIER J. Communications alternatives : pictogrammes, aidé par le langage gestuel. MAZAUX JM , BRUN V , PELISSIER J In : Aphasies 2000. MASSON, PARIS, 2000 ; 48 : 102-110. 2. CHARTON-GONZALEZ I., PETIT H., BOLINCHES C., MUNIER N., GARNIER J.Y., GAUJARD E., MONTERO C. Construction et pertinence d'un instrument palliatif de communication. In : Ann Réadaptation Méd Phys. SOFMER Bordeaux 2001 ; 44 : 448. 3. CHARTON-GONZALEZ I., MUNIER N., PETIT H., GAUJARD E., MONTERO C. Approche palliative des troubles de la communication : le C.COM, récit d'une expérience. In : Bichat Entretiens d'orthophonie, ESF 2004 : 145-155. 4. CHARTON-GONZALEZ I., PETIT H., MUNIER N, .GAUJARD E. Aspects pragmatiques de l'installation de l'outil palliatif de communication CCOM dans un établissement de Médecine Physique et de Réadaptation Fonctionnelle. In : Actes du VIII Congrès Transpyrénéen de Médecine Physique et de Réadaptation 2005 : 64. 5. SACCC sur www.saccc-lennox.com : un autre outil de communication également non standardisé. 6. SERON X., DE WILDE V., DE PARTZ M.P., PRAIRIAL C., JACQUEMIN A. Les carnets de communication. In : Questions de logopédie 1996 ; 33 : 153-187. 7. WIROTIUS JM. Quelle place pour les sciences humaines et sociales en réadaptation ? In : Entretiens d'orthophonie BICHAT. Expansion scientifique française 2004 |